Où il est question de Pierre 3 (Ultime voyage 23 par Annick le 03/07/10)
OÙ IL EST QUESTION DE PIERRE :
3- Retour à la vie
Pierre se retrouva seul avec Georges qui lui proposa aussitôt de s'installer dans une chambre agréable où il pourrait rester le temps nécessaire. Ce traitement de faveur n'apparut pas d'emblée. Pierre, fatigué, se laissait guider mais, bien vite, il se rendit compte que le reste du personnel saisonnier logeait sur place, à Grand Coude, dans un bâtiment rudimentaire.
A quatre heures du matin, le réveil sonnait. Petit déjeuner varié puis, une demie heure de route en compagnie de Georges qui faisait le trajet chaque jour. Le paysage était grandiose. A mille cent mètres d'altitude, fraicheur et brume dissimulaient pour peu de temps mornes et ravins. Bien vite la végétation tropicale se dessina de plus en plus nettement.
Arrivés sur les lieux de la plantation, tous étaient là, des femmes surtout aux regards interrogatifs : pourquoi un homme ? Mais le temps pressait. Un maximum de ces petites feuilles tendres devait être cueilli avant neuf heures du matin, avant que les bourgeons ne s'ouvrent au soleil.
Le silence d'abord. Chacun à sa tâche dans ce geste répétitif et précis. Puis ... quelques airs fredonnés. De plus en plus. Des chansons qui donnent du courage et de la joie.
Pierre essayait de repérer le refrain et, peu à peu, se mit à les accompagner déformant les mots créoles ce qui amusa ses compagnes et provoqua leur sympathie. Il serait des leurs, bien qu'homme parmi les femmes, blanc parmi ces visages colorés aux origines lointaines : Inde, Madagascar, Chine Afrique. Mariage de tous ces continents.
A la fin de la première matinée Pierre, détendu, se mit à considérer cette richesse humaine qui l'entourait. Il trouva le bon geste pour aider l'une ou l'autre à poser le précieux fardeau avant de partager ce court repos où les échanges superficiels mais joyeux redonnèrent confiance au nouvel 'ouvrier saisonnier'.
Les fruits proposés étaient délicieux. Un zoiseau la vierge, venu se poser tout près de ce groupe bruyant les amusa tous. Mais la journée n'était pas terminée.
Pendant que les femmes étaleraient le thé frais, surveilleraient le bon séchage du plus ancien, prépareraient les sachets pour celui qui était juste à point, Pierre, accompagné de Georges et muni d'une machette, irait vérifier le bon état des chemins, ensuite il faudrait tailler ces arbres qui montent si haut en si peu de temps.
La sieste serait la bienvenue pour tous après quoi, il y aurait encore quelques heures pour terminer le travail prévu.
Il n'était pas question de soirées longues. Après le dîner pris en commun, chacun se retirait chez soi pour une nuit trop courte.
De jour en jour, Pierre devenait plus performant. Il cueillait vite, nettoyait vite, anticipait les demandes. Georges l'appréciait de plus en plus.
Après deux mois, on pouvait dire que Pierre avait fait ses preuves et Georges, pour le remercier, l'avait vraiment bien payé, il lui avait même proposé de rester définitivement avec lui, son aide ne serait pas superflue, il lui avait aussi donné le choix avec un autre emploi. En effet, l'ONF, recrutait pour surveiller les exploitants illégaux de choux palmistes. Ce bourgeon terminal si recherché, si délicieux,vendu si cher, risquait de provoquer la disparition de l'espèce en cas de récolte anarchique.
Pierre, devenu très sensible à la nature qui l'entourait et à toutes ces personnes si nouvelles pour lui, si passionnantes, aurait bien voulu accepter l'une ou l'autre des solutions, mais il se disait que, sur un territoire français, un jour ou l'autre quelqu'un le reconnaitrait et le dénoncerait.
Sa voie ne lui donnait pas d'autre choix que de partir une fois de plus. Il dut l'annoncer à tous, personne n'étant informé de son secret.
La dernière soirée fut alors une grand fête, une sorte de Kabar avec chants créoles et musiques.
Pierre essaya de se déhancher pour danser le Séga au rythme des percussions. Les cris d'encouragement l'incitaient à choisir une partenaire, ce qu'il fit, et à descendre progressivement jusqu'à se mettre à genoux puis remonter sans vaciller. Un peu périlleux ... mais il se devait d'y parvenir et il y parvint.
Peu avant minuit il embrassa toutes ses associées d'un temps et il promit de leur écrire.
Dès le lendemain, Claude revint comme convenu. Il avait réussi à entrer en contact avec le père de Pierre tellement heureux d'avoir des nouvelles de son fils disparu. Il apprit ainsi le déroulement du procès mais aussi que le père allait participer à un voyage organisé en Ouzbékistan où il aimerait revoir son enfant sur la fin du séjour. Ce rendez-vous en terre neutre ne mettait pas Pierre en danger. Il était clair qu'il ne devait plus revenir en France où quelques années de prison l'attendaient.
Pierre, fébrile, avait hâte de préparer ses bagages.
Comme il n'existait pas de ligne aérienne directe, un ami de Georges l'emmènerait en avion jusqu'à Tachkent à la date prévue. Il y aurait probablement plusieurs étapes.