Ultime voyage ... (5ème épisode par Annie le 28/01/10)

Publié le par Multi Plumes


« La seconde hypothèse est la plus effarante »


   
- Voilà Inspecteur, je vous ai apporté la boîte, celle dont je vous avais parlé au téléphone…
   
- Bon, posez la sur mon bureau et racontez moi ce que vous savez madame Délato !
   
- Eh bien Inspecteur, lorsque je suis arrivée hier pour faire le ménage, j’ai tout de suite compris que quelque chose de grave s’était passé, les d’objets n’étaient pas à leur place habituelle ! Madame Christiane n’aurait jamais toléré cela ! Mr Pierre  a  malheureusement confirmé mon pressentiment… ensuite j’ai fait mon travail. Il y avait beaucoup de désordre et j’ai même retrouvé la boîte à gâteaux à coté de la chaudière ! Inimaginable, une telle distraction ! Ce pauvre Mr Pierre devait  être totalement perturbé… après la catastrophe…
   
- Madame Délato, venez en au fait !
   
- Mais j’y arrive, Inspecteur. J’ai donc ouvert la boite et là, je vous l’affirme sans aucune hésitation les palets n’avaient pas leur aspect habituel !
   
- Ecoutez, je n’ai pas de temps à perdre avec des histoires de petits fours et….
   
- Ah, mais Inspecteur  c’est un détail important. Croyez moi, je ne suis pas la seule à m’interroger sur la disparition si brutale de Mme de la Ferrière !
   
- Faites attention, Mme Délato : soit vous mentez et vous êtes ce qu’on appelle une mythomane,   soit «  et la seconde hypothèse est la plus effrayante » le décès de votre employeuse est d’origine criminelle, ce qui va à l’encontre du certificat médical. Donc vous mentez !  
            A ce moment là, le visage de Mme Délato vira au rouge vermillon, cet inspecteur qui la prenait de haut et négligeait des détails importants était un incapable, une bavure incarnée.
Elle se calma et reprit sur un ton presque humble
   
- Oui Inspecteur je dois vous faire un aveu ! Les palets de Mme de la Ferrrière, c’est comme ses parfums ou ses produits ménagers. Quinze ans que je les utilise, alors moi, le moindre petit changement … j’ai l’œil.
Mais ouvrez donc la boite et si vous ne me croyez toujours pas, goûtez en un, vous en aurez le cœur net !
        L’inspecteur, fraîchement muté dans ce commissariat  faisait le désespoir de ses collègues, après celui de ses parents. Lui, il sentait juste qu’il devait s’affirmer, faire un coup d’éclat. Et l’occasion se présentait ; il tenait une dangereuse affabulatrice, une délatrice perverse. De la race de tous ces faux témoins qui encombrent les commissariats et feraient condamner de braves citoyens, si on ne les en empêchait pas à temps… 
Et puis il n’avait pas déjeuné, et les palets ….il  les adorait. Autrefois à Comberg, c’était sa marotte, ses madeleines à lui.
Alors d’un geste ample, en fixant férocement sa proie, il saisit les trois derniers exemplaires amalgamés au fond de la boîte et les « engloutit »
    Ce fut très rapide, Mme Délato constata sereinement :
« Cela n’était pas prévu, mais d’une pierre deux coups. Aucun regret. Mme de la Ferrière devenait invivable avec toutes ses maniaqueries ménagères. C’était elle ou moi. Quant à l’inspecteur, c’est un bienfait pour la police ! Une bonne idée que d’avoir donné ma recette à Mme Agnès. pour l’aider dans son roman policier ; elle n’a jamais eu le talent de sa sœur et pourtant elle  rêvait tant de l’égaler de devenir ensemble de nouvelles sœurs Bronté ou Goult. Trois mois qu’elle dépérissait à la recherche du crime parfait qui devait lui assurer son premier succès éditorial. Tout le monde aurait fait comme moi pour l’aider à s’en sortir. Le secret de l’amande amère avec du plantonium  qui couvre totalement l’arsenic, on se le transmet de mère en fille depuis mon arrière grand mère, Marie Bessard : tradition orale, aucune trace écrite… Si une enquête a lieu, Agnès sera la première suspecte, sa jalousie maladive n’échappait à personne. Et tout cela parce que ses polards ne se vendaient pas et que sa sœur faisait « un tabac » avec ses nouvelles style « british » !
Bon, demain j’établis mes quartiers. Mr Pierre n’est pas du tout regardant sur le ménage, une heure doit suffire et puis deux heures  de farniente sur la terrasse, à lire, lovée parmi les coussins indiens, à boire un café dans les jolies tasses, à respirer le parfum des arbres en fleurs… cela, cinq jours par semaine !
Et puis si Agnès est accusée, condamnée, il va se trouver bien seul, Mr Pierre…   j’ai quinze ans de moins que lui, et comme Mme Christiane ne s’entourait que de « choses  » agréables à regarder…
Bon, faut que j’arrête de rêver, « La Christiane » malgré ses phobies, c’était une solide, jamais malade… sous une apparence délicate, une force de la nature… les chaises en fonte du jardin elle en sortait deux à la fois ! Eh oui, alors tant qu’elle n’est pas enterrée, rien n’est sûr… Si elle se réveillait et revenait de derrière ses collines ?  on a vu des cas semblables ! Le certificat du docteur Despierres ? on sait bien qu’il aime arroser ses repas… et l’opéra plus que la médecine !
La « morte» n’a peut être pas dit son dernier mot et dans ce cas, il y aura  du grabuge… pas pour moi, je n’ai rien fait ! Mais si Mr Pierre est jugé  coupable  lui aussi, Mme Christiane va se retrouver bien seule… et moi déjà dans la place, je serai là, confidente, secrétaire… normal que je la fasse bénéficier des cours du soir et de l UTB auxquels elle m’avait conseillée de m’inscrire ... Cela m’a stimulé les idées ...
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Publié dans Feuilleton

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