Ultime voyage ... (10ème épisode par Annick le 05/02/10)
CARNET INTIME DE PIERRE
Ouf ! un peu de répit après plus de deux semaines de galère.
Un vrai voyage aux enfers ! Moi qui rêvais de croisière, J’ai été servi mais pas comme je l’espérais !
Bien content d’avoir retrouvé carnet et crayon dans mon baluchon préparé à la hâte, Je vais essayer de noter ce que je sais, ce que je vois, ce que je ressens. Préserver quelques repères, surtout ne pas devenir fou…
Remontons à ce soir lugubre où j’ai reçu une lettre sans mystère avec pour en tête « tribunal de Dijon ».Inutile de l’ouvrir, j’ai tout de suite compris que j’allais être jugé, condamné et que j’aurais à porter seul le poids de la culpabilité. Avec tout ce que j’avais appris entre temps sur ce docteur Despierre qui a trahi mon amitié, sur l’enquête qui m’accablait, sur Agnès qui n’a pas hésité à se tirer d’affaire avec de faux alibis (c’était pourtant facile de prouver que je ne sais pas cuisiner donc que je n’ai pas pu mettre le cyanure).
Agnès…comment a-t-elle pu ? Après tout ce qu’on avait vécu ensemble et surtout, ce qu’on s’était promis…
Une âme si noire dans un corps divin…
J’ai beau me dire que si j’avais été gracié elle s’en serait prise à moi : « une autre tournée de biscuits » ! ! !
Elle a bien caché son jeu, la perfide.
Je la hais. Cette fois c’est sûr. Enfin…j’essaie…
Son visage m’obsède, sa voix m’ensorcelle. Comment me libérer de ces images qui me harcèlent encore, jour et nuit ?
Pourtant me voilà seul et personne pour m’écouter, me comprendre, me réchauffer.
Non, je n’aurais pas dû…
Après tout ,je n’étais pas si malheureux avec Christiane. Bien sûr, il fallait renoncer à tout : les voyages trop dangereux, les sorties trop fatiguantes, les amis… encore ça passait, c’était l’occasion de montrer ses talents de cordon bleu, de faire admirer sa vaisselle luxueuse provenant des endroits les plus réputés et surtout de trouver des admirateurs à ses exploits d’écrivaine.
Flatteries, mots doux, extases . Quelle horreur !
Oui, j’en avais assez.
L’ennui trop fort. Agnès trop belle.
Mais quand même ,je n’aurais pas dû .
Quel est le rêve qui mérite qu’on sacrifie sa tranquillité ?
Me voilà seul.
Ma vie brisée.
Bien content, cependant ,d’avoir échappé à la justice, me faudra-t-il, désormais, vivre caché, tel un paria ?
Allez, je dois me reprendre. Déjà, savoir dans quel pays je suis arrivé. Ici, on ne me connaît pas je vais chercher des gens, essayer d’entrer en contact malgré la langue qui nous sépare .
Remontons le temps :
Muni de mon billet de train j’ai voulu prendre le TGV de nuit, mais déjà les hauts parleurs lançaient un avis de recherche me concernant. J’ai donc quitté la gare, je me suis caché dans un camion de marchandises et là, aplati entre deux caisses, j’ai pu descendre jusqu’à Marseille.
Même chose sur le port : avis de recherche sur les panneaux municipaux, alors ,j’ai longé la côte sauvage, dissimulé par les rochers jusqu’à ce que j’apercoive le rafiot d’un passeur douteux .
Traversée de cauchemar où j’ai cru chavirer mille fois …et maintenant je suis là, débarqué je ne sais où, la peur au ventre et toujours le réflexe de me cacher. Mais pourquoi ?
Ici, loin de tout, je suis sauvé, à condition de ne jamais revenir dans mon pays …
Je ne peux pas m’imaginer définitivement en exil.
Y a-t-il encore quelque part une bonne étoile pour moi ?
J’arrête d’écrire. Je suis fatigué.
Qui viendra me tirer de là ?
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